CIRAD
Depuis 1995, la production d'huile de palme a été multipliée par cinq et devrait encore quadruplée d’ici 2050 au détriment des forêts primaires, parfois complètement rasées pour la production de l’huile.
Un habitant d’un village de producteur précise qu’ils ont été pousser à faire ce choix par les politiques qui y voyait une grande participation à l’économie nationale, une stimulation à l’économie locale et une réduction de la pauvreté. De plus les grands groupes exploitant leur avait fait la promesse d’une grande prospérité financière, et une protection au niveau de la santé. Or les seuls à faire du réel profit et à s'enrichir sont souvent les grandes entreprises ou grandes exploitations.


Un débat mondial, une prise de conscience des Etats, un impact
fort sur des grands industriels
La pression des ONG a conduit les Etats européens à prendre des décisions telles que la taxe Nutella, qui avait pour but de taxer les importations d’huile de palme utilisée dans des produits de grande consommation comme la pâte à tartiner Nutella (composée à 20% d’huile de palme).
En effet, face à la croissance des opposants aux motifs économiques, écologiques, ou liés au droits humains, un amendement fut voté en 2012 augmentant la taxe de 300% à l’import.
Cependant celui -ci fut vite retiré face à la réaction des pays producteurs qui estimaient la taxe «arrogante », capable de nuire aux relations entre les pays. La Malaisie et l’Indonésie, principaux producteurs, menacent alors les pays européens de ne plus acheter leur armement militaire : la Malaisie allait donc modifier sa position stratégique d’acheteur d’armement militaire français (premier fournisseur d’armes de Kuala Lumpur). L'interview du ministre Malaisien est sans équivoque:« Le commerce est un processus à double sens [...] la Malaisie devra riposter contre les marchandises en provenance d’Europe ».
Finalement l'Europe fit volte-face et ramena la taxe à 30€ la tonne.
D’autres pays producteurs avaient également décrit cette taxe comme étant «clairement une discrimination à l’encontre des pays producteurs d’huile de palme».
De nouvelles normes soutenues par les gouvernements et ONG, surtout issues des pays du Nord, se sont développées depuis de nombreuses années telles que :
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La RSPO avec ces propositions de certification, labellisation et fiabilité de la provenance et des conditions d’exploitation des palmiers dès 2004.
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L' interdiction de la présence de PFAD dans les biocarburants (notamment chez Total dès 2017).
L’Union européenne s’est positionnée à contre de l’utilisation d'huile de palme dans les biocarburants en 2018. Des Groupes comme Avril (producteurs de biocarburants) se prononcent pour un arrêt total de son utilisation: la Malaisie, grand exportateur menace encore l’UE de représailles économiques. Et pour cause, l’huile de palme est le principal
produit d’exportation de la Malaisie, plus de 30% de cette huile est exportée pour le biodiesel.
Le conflit reste ouvert et en 2019 l'Indonésie poursuit en justice l’Union Européenne pour cause de politique discriminatoire.
Cependant le boycott de l’huile de palme impacterait aussi durablement de nombreuses entreprises internationales telles que Total, Groupe Avril, Ferrero, UNILEVER, Nestlé (voir l’étude de cas Nestlé).
Ce débat mondial est si fort que les entreprises occidentales qui s’expriment régulièrement mettent en avant leur changement de politique dans des rapports disponibles sur leur site internet, dans leur publicité, lors de forums, dans des réunions de travail avec les services gouvernementaux. Elles mettent alors en avant les conséquences sur leur économie et
leur rentabilité avec une production sans huile de palme ainsi par exemple :
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La multinationale Saipol ( Groupe Avril) a perdu près de 133 millions d’euros entre 2015 et 2018. Cette tendance bien que ralentie se poursuit pour l’exercice 2019. Le groupe avril explique avoir perdu une place stratégique dans le biodiésel : Avril a pris de plein fouet la concurrence des agrocarburants à base de soja notamment quand l’Union européenne a levé des barrières tarifaires douanières sur le biodiesel argentin (à base de soja). Le groupe a fait du lobbying à Bruxelles, et une plainte a été déposée pour concurrence déloyale, et ce afin de tenter de contrer le flux argentin.
Par ailleurs, de telles mesures paraissent injustes pour les pays producteurs qui sont majoritairement des pays en voie de développement, car la production d’huile de palme est, disent-ils, nécessaire à la lutte contre la pauvreté.
Les sites de culture de palmier à huile sont même suivis par satellites : David Gaveau, cartographe et expert reconnu de ce sujet sensible indique :
« En 2013, un certain nombre de grands acheteurs, négociants et producteurs d'huile de palme ont promis de cesser de défricher les forêts naturelles. Le commerce mondial de l'huile de palme de plusieurs milliards de dollars fait partie des agro-industries les plus controversées au monde. Elle a été impliquée dans de nombreux cas où des forêts riches en espèces et en carbone ont été défrichées, mais elle contribue également à l'élimination de la pauvreté dans les pays producteurs.
L'Indonésie et la Malaisie sont les deux premiers producteurs mondiaux d'huile de palme.
Leur superficie de plantations industrielles a plus que quadruplé entre 1990 et 2015. Au cours de la même période, les taux régionaux de perte de forêt ont atteint l'un des plus élevés du monde. Le défrichement des forêts est déterminé par un certain nombre de facteurs dont l'établissement de plantations en est un. Le développement des moulins et des infrastructures associées pour extraire et transporter l'huile de palme a également un impact sur les forêts.
La dernière version de l' Atlas de la déforestation et des plantations industrielles de Bornéo, ou ce que nous appelons l'Atlas de Bornéo, lancée cette semaine, permet aux utilisateurs de vérifier l'emplacement et la propriété de 467 moulins à huile de palme à Bornéo, l'île partagée par l'Indonésie, la Malaisie et Brunei Darussalam. Il comprend un nouvel outil appelé Analyser l'utilisation des terres à proximité des moulins pour fournir des informations vérifiées sur l'emplacement des moulins à huile de palme et la zone déboisée dans un rayon
de 10 kilomètres, tel que détecté chaque année par les satellites. »
Progressivement les actions des uns et des autres annoncent s’orienter vers une production et une consommation « durables » : la sphère scientifique dont le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), travaille également en faveur d’une huile plus responsable et effectue des recherches agronomiques pour l’amélioration de la production moins destructrice.
Une palette d’initiatives est proposée par tous les acteurs à l’échelle mondiale interviennent et enrichissent les premiers impacts de la RSPO:
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Politiques durables
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Certification.
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Labélisation.
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Garanties environnementales.
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Traçabilité du produit.
Le poids des acteurs contre l’huile de palme en raison des problèmes relatifs notamment à l’écologie, aux mauvaises conditions de travail en Asie, au travail des enfants, à l’impact sur la santé d’une forte consommation en occident, influent, au moins sur les promesses, de grandes entreprises agro-alimentaires : le cas de Ferrero est très connu :
Ferrero a annoncé vouloir investir pour ne plus utiliser que l’huile de palme durable dans ses produits afin de limiter la déforestation. De plus le groupe souhaite garantir plus de transparence dans la composition et la provenance de ses produits pour satisfaire ses consommateurs. Les reproches relatifs à la question de la santé du consommateur a conforté Ferrero à éviter le processus d’hydrogénation qui produirait plus d’acides gras trans mauvais pour la santé.
D’autres transformateurs publient des communiqués sur leurs actions, ainsi UNILEVER explique en 2018:
« Unilever est convaincu qu'une transparence totale est nécessaire pour une transformation radicale. Nous voulons que cette étape soit le début d'un nouveau mouvement à l'échelle de l'industrie » Marc Engel, Chief Supply Chain Officer Unilever."A travers ce vaste exercice de cartographie – plus de 1 400 usines et plus de 300 fournisseurs directs – il est clair que malgré les progrès que nous avons réalisés en tant qu'entreprise et en tant qu'industrie, il existe encore de sérieux problèmes environnementaux et sociaux qui prévalent dans l'industrie. Il s'agit d'un grand pas vers une plus grande transparence, mais nous savons qu'il y a encore du travail à faire pour parvenir à une industrie de l'huile de palme véritablement durable et nous poursuivrons nos efforts pour en faire une réalité.
En tant qu'entreprise, nous avons un long historique quant à accomplir ce qui s’impose. Ainsi, nous prenons parfois des mesures audacieuses pour parvenir à un changement positif. Nous sommes un des membres fondateurs de la Table Ronde pour une huile de palme durable, qui a amené l'industrie à s'engager et s'attaquer ensemble aux questions environnementales et sociales systémiques associées à la production d'huile de palme.
Avec notre politique durable d'approvisionnement en huile de palme, relancée en 2016, nous nous sommes engagés à des objectifs plus stricts pour nous assurer de continuer à ouvrir la voie à la transformation de l'ensemble de l'industrie de l'huile de palme"
(Lu sur le site UNILEVER 2021).
D’autres entreprises sont moins engagées, comme Total : cependant, récemment, le 24 février 2021 ce dernier a dû s’incliner devant la décision du Conseil d’Etat qui interdit l’usage de l’huile de palme dans les biocarburants. Le Conseil a donné raison aux associations Canopée et Les Amis de la Terre, qui demandaient l’annulation, pour « excès de pouvoir », de la note d’information de la Direction générale des douanes du 19 décembre 2019, qui prévoyait que les biocarburants produits à partir de PFAD ne soient pas exclus du mécanisme de la taxe incitative relative à l’incorporation de biocarburants. La note est donc annulée, et l’État a été condamné à verser la somme globale de 3.000 euros aux associations.
« Les débouchés de La Mède (nouvelle usine de Total) ... ne pourra plus vendre ses carburants à base de PFAD » s’est félicité Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes pour Canopée et porte-parole des Amis de la Terre France, joint par Reporterre.
En revanche, Total pourra continuer de vendre ses carburants à d’autres pays, comme l’Allemagne. Mais « ces décisions des deux plus hautes instances légales en France créent un solide précédent juridique, qui va permettre d’accélérer au niveau européen la fin de l’utilisation de l’huile de palme dans les carburants », a espéré Sylvain Angerand (Reporterre – 26 février 2021).
Par ailleurs le Parlement européen a chargé en octobre 2020 la Commission de présenter un cadre juridique pour éliminer la déforestation : le Parlement européen a donc voté le 22 octobre, à la majorité des voix, un rapport demandant à la Commission d’élaborer un cadre juridique pour éliminer la déforestation dans les chaînes d’approvisionnement des produits agricoles.
D’après les députés, l’Union européenne qui contribue par sa consommation à 10% de la déforestation mondiale, ne dispose pas encore de règlements qui interdisent l’arrivée sur le marché communautaire de produits issus du déboisement, phénomène dont l’incidence sur la biodiversité tropicale est avérée.
Et même si l’Europe importe des produits étiquetés durables par les certificateurs tiers, les élus estiment que les labels ont eu des effets limités dans le ralentissement du rythme de la déforestation mondiale.
Cette labélisation ne garantit donc pas :
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totalement la non-déforestation par différents grands groupes producteurs (groupes qui continuent sur plus d’un million d’hectares de forêt). La forêt primaire n’occupe alors plus que 4% de la surface de ces plantations. (europart oct 2020)
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l’impact sur les conditions de travail dans les grandes plantations asiatiques. En effet, dans l’objectif d’agir et de , afin que le consommateur soit au courant de la provenance de ce qu’il achète.
Le débat mondial est si intense que le sur le site Wilmar International (groupe indonésien agroalimentaire) un rapport est disponible, datant de 2019 (page 86). Dans celui –ci l’entreprise stipule
« Protect, Respect and Remedy »
Il énonce également soutenir les nouvelles politiques écologiques :« No Deforestation and no Pear » et énonce de nouvelles volontés « equal opportunities, sexual harassment, violence and abuse, reproductive rights, child protection, whistleblowing, and modern slavery ». Wilmar explique que depuis 2017 des programmes ont été mis en place pour changer leur politique sociale. De plus, Wilmar met en avant dans ce rapport les services qu’ils proposent aux ouvriers agricoles, accompagnés de leur témoignage :
«We have been here for more than 25 years. The company provides us with everything –housing, schooling for the kids, and pays us the same as locals. We are happy here. »